Depuis le début du mois de mai 2026, l’État haïtien a procédé à trois ajustements successifs à la baisse des prix des produits pétroliers, intervenus respectivement le 10 mai, le 15 juin et le 7 juillet derniers. Au total, la réduction cumulée atteint 75 gourdes par gallon pour la gazoline, 150 gourdes pour le diesel et 155 gourdes pour le kérosène. Le prix du gallon de gazoline s’établit désormais à 700 gourdes sur le marché national.
Cependant, cette décrue des coûts à la pompe ne s’est pas traduite par un réajustement correspondant des frais de déplacement applicables au transport public. En effet, le ministère des Affaires sociales et du Travail n’a toujours pas publié de nouvelle grille tarifaire, en dépit des engagements antérieurs en faveur d’une veille économique sur le pouvoir d’achat des ménages.
Cette inertie institutionnelle commence à exacerber les frustrations au sein de la population, particulièrement parmi les usagers quotidiens des lignes urbaines. La tension est montée d’un cran samedi dernier sur l’axe reliant Pétion-Ville à Delmas, où des passagers ont vivement contesté le maintien des anciens montants perçus par les chauffeurs, estimant que la baisse des carburants devait mécaniquement entraîner une diminution du coût du trajet.
L’incident, qui a mobilisé l’attention des forces de l’ordre, illustre un climat social de plus en plus délétère entre opérateurs de transport et clients. Les conducteurs, pour leur part, invoquent des charges annexes entretien mécanique, taxes, pièces détachées qui demeurent inchangées, mais cette argumentation peine à convaincre des usagers confrontés à une stagnation générale de leurs revenus.
Dans ce contexte, les associations de défense des consommateurs et plusieurs organisations de la société civile pressent les autorités compétentes de trancher la question sans délai. Elles estiment qu’une publication rapide d’un barème officiel, fondé sur des critères objectifs et vérifiables, constituerait le seul moyen de désamorcer les affrontements verbaux et physiques qui se multiplient aux arrêts et dans les véhicules.
Au-delà de l’aspect économique, c’est la crédibilité du dialogue social qui est en jeu. Le ministère des Affaires sociales et du Travail, en sa qualité de régulateur du secteur, se doit de jouer son rôle d’arbitre en proposant une formule de calcul transparente, intégrant à la fois les variations du coût de l’énergie et la préservation d’un service minimum accessible aux couches les plus défavorisées.
À défaut, les conflits d’usage risquent de s’intensifier, alimentant un sentiment d’abandon chez les citoyens et fragilisant davantage la cohésion sociale dans une métropole déjà éprouvée par les difficultés quotidiennes. Les prochains jours seront décisifs : les usagers attendent un signal fort de l’Exécutif, tandis que les transporteurs, soumis à une pression croissante, menacent de suspendre partiellement leurs activités si des mesures coercitives leur étaient imposées sans concertation préalable.
L’équation reste délicate, mais l’urgence d’une solution négociée n’a jamais été aussi palpable. Le gouvernement est désormais interpellé pour assumer ses responsabilités et mettre fin, par une décision éclairée, à l’incertitude tarifaire qui pèse sur le quotidien de plusieurs centaines de milliers de Haïtiens.

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